Sale gosse, pouffette, peste et cie

Du fond de ses pluvieuses vacances italiennes, Victorienne répond à son tour au défi de Mme Ourse (dont les modalités sont détaillées sur son blog), encore toute honorée que la douce Pénélope ait pensé à elle pour ce défi, et vous dévoile ci-dessous son côté sale gosse (en partageant pleinement d’un point de vue terminologique l’analyse de La Reine).

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La Dolce Vita vous avez dit ?… (après tout c’est vrai que la brume ça a du charme)

SG n°1

Dans la série des appels téléphoniques potaches, déjà bien entamée par d’autres copinautes, Victorienne et une de ses amies se sont bien marrées à l’adolescence.

Voilà comment elles occupaient certains après-midis. Elles recherchaient dans l’annuaire téléphonique les numéros enregistrés au nom d’un couple. Et quand elles tombaient sur Madame, elles demandaient innocemment à parler à Monsieur. Souvent Madame s’enquérait de la part de qui… Et là, le jeu consistait à raconter une histoire de rencontre un peu ambiguë afin de semer le doute dans la tête de Madame quant à la fidélité de Monsieur. Dès qu’elles sentaient l’agacement monter chez Madame, elles raccrochaient. Et se gondolaient.

Oui, c’est mal. Mais quand on est ado et qu’on s’ennuie, c’est drôle aussi. Enfin, jusqu’au moment où l’un des messieurs a rappelé chez la copine, un soir (eh oui, le portable n’existait pas encore à l’époque… V. ne se souvient plus si elles avaient oublié d’activer le mode « numéro secret » ou si tout simplement elles ne pouvaient pas le faire). Pas content du tout. Et a raconté la blague au papa de la copine. Pas content du tout non plus… Ce fut la fin des potacheries téléphoniques.

SG n°2

En temps ordinaire, Victorienne prend les escaliers. Meilleur pour la ligne. Toutefois, il arrive qu’elle ait la flemme. Or, dans les bureaux où elle travaillait jusqu’il y a peu, situés au 3ème étage d’un immeuble haussmannien, il n’était pas rare que les jeunes et dynamiques occupantes du 1er monopolisent l’ascenseur le matin. Eh oui, dans ces vieux et beaux, mais peu pratiques immeubles, l’ascenseur relève plutôt de la boîte à sardines et est plein dès 3 occupants (voire 2 selon la morphologie). Victorienne a donc à de nombreuses reprises dû faire contre mauvaise fortune bon cœur et gravir les marches pendant que les poulettes du premier caquetaient à plein régime dans leur cage vitrée qui lui passait sous le nez (y compris en période de grosse fatigue causée par sa thyroïde déconnante ou à une stim).

La vengeance étant un plat qui se mange froid, Victorienne a, au bout d’un moment, pris soin de vérifier si les poulettes étaient sur ses pas lorsqu’elle arrivait le matin. Si tel était le cas, elle prenait un malin plaisir à presser le pas, s’engouffrer sous le porche, surtout ne pas retenir la porte d’entrée, filer vers l’ascenseur, s’y engouffrer également et appuyer sur le bouton. Bien souvent, c’était juste à ce moment là que la ou les poulettes finissaient par pousser à leur tour la porte d’entrée, juste au moment où les portes de l’ascenseur finissaient de se fermer, laissant à Victorienne l’opportunité de leur adresser un sourire désolé en mode « oops désolée c’était vraiment à une seconde près ». Mesquin, Victorienne vous le concède. Mais ça fait du bien.

SG n°3

Il y a peu, Victorienne s’est rendu compte qu’elle ne pourrait pas aller récupérer dans le délai indiqué par Coliss**o un colis arrivé en point relais. La faute à plein de choses dont elle reconnaît tout à fait que Coliss**o n’en est en rien responsable. Elle décide néanmoins d’appeler afin de demander une prolongation du délai de garde. Après une bonne dizaine de minutes d’attente, elle tombe sur une opératrice qui (bien évidemment) ne comprend rien à ce qu’elle lui explique et lui fait répéter trois fois son histoire. L’agacement commence à monter.

Victorienne vous passe les détails mais finit (bien évidemment) par se voir opposer un refus parce que « ce n’est pas la procédure ». C’est l’explication qui fait déborder le vase : en toute mauvaise foi, V. lui indique qu’elle n’en a rien à carrer de sa procédure, que c’est incroyable de manquer à ce point de sens du service, que ce qu’elle demande n’a rien d’exceptionnel ni d’inatteignable, etc etc. Elle se heurtera (bien évidemment) à un mur et terminera l’échange sur un fort désagréable « Je vous souhaite une mauvaise journée ».

Elle n’en est pas très fière… En même temps peu de choses l’agacent autant que des gens qui ne cherchent pas à trouver une solution (oui, en plus elle cherche de quoi se justifier jusqu’au bout !).

***

Victorienne espère avoir ainsi rempli sa part du défi et nomme à son tour trois de ses copinautes dont elle attend avec impatience les anecdotes réjouissantes : Tidoum, Alisore et Endolorie (en s’excusant si doublon il y a, elle a essayé de faire attention mais n’est pas sûre d’avoir lu tous les billets de ce défi).

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3, 2, 1… Se détendre

Hier Victorienne a passé un après-midi exécrable.

L’augmentation du taux matinal avait nettement ralenti et était légèrement inférieure à ce qu’il eut fallu pour un doublement toutes les 48h. Et les taux d’oestradiol et de progestérone étaient en légère baisse.

Les infirmières – qui n’avaient pas reçu les résultats par le laboratoire, sinon ce serait trop simple – ont dit d’appeler le médecin pour l’interprétation des taux.

La secrétaire de Smile a dit qu’elle faisait passer le message mais qu’elle ne pouvait pas garantir que Smile rappellerait.

Victorienne a attendu. Encore attendu. Puis elle a craqué et fait appel au diable. Bien évidemment le diable l’a encore davantage angoissée.

A 19h Smile n’avait toujours pas appelé. 

Le téléphone a fini par sonner dans le métro, faisant passer à Victorienne un cap supplémentaire dans le module « Renoncer à son intimité sans perdre sa dignité ». Oui, tout le wagon a profité de la conversation.

Bref. Smile a dit : progestérone et oestradiol on s’en fiche en début de grossesse, ça ne devrait même pas figurer sur les ordonnances, c’est une source d’angoisse inutile. Le taux BHCG continue à bien augmenter même si on peu moins rapide. Ce n’est pas une science exacte. Pas de raison particulière de s’inquiéter. Prenez un rendez-vous pour l’échographie de datation.

Victorienne a expliqué qu’elle partait une semaine en vacances le lendemain et ne pourrait donc refaire de dosage. Smile a dit qu’il n’y en avait pas besoin et lui a conseillé d’éviter les longs trajets en voiture et d’aller faire une écho en vas de douleurs ou de saignements.

Victorienne a raccroché à peu près rassurée. Et a fait taire (ou au moins tenté) les petites voix pleines de « et si » qui faisaient un arrière-fond désagréable et si anxiogène.

Elle a réalisé qu’elle n’avait pas anticipé cet afflux fulgurant d’émotions négatives, ni leur violence, ni leur irrationnalité (impossible par exemple de se raisonner en se disant que le taux ne baissait pas…). Et qu’il va lui falloir apprendre à mieux les gérer pour ne pas se trouver de nouveau si désemparée. Les séances d’auto-hypnose vont vite reprendre. 

Aujourd’hui elle ne sait pas trop si elle restera bien neuf mois dans le train mais essaie de continuer à y croire, tout en restant sur ses gardes.

En attendant, elle file prendre son avion. Là, au moins, la place est garantie. 

PS : Victorienne vous remercie pour tous vos petits messages. Elle n’a pas eu le temps d’y répondre car sa fin de semaine a été bien intense au travail. Elle va essayer de profiter de sa semaine de vacances pour se rattraper – ainsi que dans la lecture de vos aventures.

Bon week-end !

Peut-être

Mardi, les V. ont attendu d’être ensemble pour se connecter à la page du labo.

Victorienne avait vu un signe d’espoir dans cette petite coccinelle qui s’était posée sur sa main au cours de l’ennuyeux colloque auquel elle assistait dans l’après-midi. Sa main. A elle. Sur plus d’une centaine de personnes dans l’assistance.

On se raccroche parfois à un rien.

Dans sa tête résonnait sans cesse un « peut-être ».

 

Peut-être là
Peut-être pas
Passent les jours
Le cœur battant
Les dernières heures
Suspendus dans le temps
Peut-être là
Peut-être pas
Si fragile si petit
Installé sur la pointe des pieds
Si discret
Enfin là

 

Le taux était de 116 UI à 14 DPP (day post ponction).

Ce matin à 16 DPP il est passé à 263.

Encore une prise de sang demain pour vérifier l’évolution.

Les V. ont ri et pleuré. Victorienne, après les résultats du jour, commence à croire que peut-être, ce train les emmènera à bon port. Elle mesure leur chance, tout en sachant que le voyage est encore bien long, les périls nombreux et le bonheur fragile.

Surtout, Victorienne pense à vous. Elle vous remercie pour votre indéfectible soutien, vos pensées, vos mots doux. Ceux qui donnent le courage d’avancer et passent les bleus à l’âme.

Elle espère que le wagon se remplira au fil des jours et garde une place au chaud aux copines (pour peu qu’elle conserve la sienne bien sûr).

Et on mange quoi ce soir ?

Vous vous en souvenez peut-être, Victorienne s’était, en démarrant sa première FIV, posé tout un tas de questions sur ce qu’il lui était possible de faire, à son niveau, pour améliorer le processus.

Elle s’était notamment demandé si le contenu de son assiette pouvait jouer et avait été un peu surprise des préceptes issus du petit livre (pas rouge, non) écrit par un nutritionniste, M. Masson, et dont la lecture lui avait été recommandée par son acupuncteur préféré. Parce qu’avaler 275 g de protéines animales par jour sur deux repas, ce n’est pas trop son truc à Victorienne.

Un peu dubitative, elle avait ensuite trouvé des commentaires plus que sceptiques sur ce petit ouvrage.

A la faveur de l’été et d’un accès à une base de données scientifiques à destination des étudiants et chercheurs en sciences, Victorienne s’était donc lancée dans des recherches sur le lien entre nutrition et fertilité.

D’autant plus motivée que la qualité de ses ovocytes était en cause à la suite de la première FIV.

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Tout cela lui a pris un peu de temps et entre-temps, plusieurs articles en lien avec ce sujet ont été publiés (notamment ici) ou annoncés (ici), preuve que l’intérêt pour cette question est largement partagé. Victorienne a d’ailleurs hâte de lire le bilan de Simone sur ses changements d’alimentation, qui ne manquera pas d’être passionnant comme à l’accoutumée :).

Bref, tout cela pour dire que c’est avec un certain retard sur le timing initialement prévu qu’elle vous livre le résultat de ses investigations (merci les jours d’arrêt post-ponction qui lui ont permis de finaliser ce billet !).

Ci-dessous, des extraits un peu « bruts de décoffrage » des études trouvées par Victorienne, puis une mini-synthèse de sa compréhension…

Warning : Victorienne précise qu’elle n’est ni nutritionniste, ni gynécologue, ni rien de tout cela. Elle se contente donc dans ce billet de partager les informations auxquelles elle a eu accès.

  • Pour les filles

alimentation(…)cafeine(…)

vitamines

« La prise en charge du couple infertile, Informations à donner au couple infécond », P. Oger et alii, in Journal de Gynécologie Obstétrique et Biologie de la Reproduction (2010) 39, S100–S112

antiocydnts-filles

conclu-filles

« Nutrition et infertilité féminine », A. Donnadieu et alii, in Cahiers de nutrition et de diététique (2009) 44, 33—41

  • Pour les garçons
antioxydants-garcons

« Nutrition et infertilité masculine : revue de la littérature », L. LENIAUD, R. LÉVY, Cah. Nutr. Diét., 43, 4, 2008

  •  Nutrition et fausses couches spontanées
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« Nutrition et FCS : une revue de la littérature », A. Bennamar et alii, in Gynécologie  Obstétrique  & Fertilité 40  (2012)  162–169

Par ailleurs, dans l’ouvrage collectif « Infertilité – Prise en charge globale et thérapeutique », sous la direction du Pr. Frydmann, paru en avril dernier, le chapitre dédié aux facteurs impactant la fertilité du couple mentionne comme toxiques (parmi d’autres facteurs comme le stress par exemple) : le tabac, l’alcool, le cannabis et les médicaments psychotropes.

  • Ce que Victorienne en comprend :

1 – Les toxiques sont bien identifiés (caféine, y compris celle des sodas et du thé – alcool – tabac – cannabis) et à limiter au maximum.

C’est d’ailleurs le conseil de nombreux médecins et biologistes (cf. le billet de Simone pour les recommandations plus précises qui lui ont été données).

2 – L’aspect nutritionnel joue bien un rôle dans la fertilité et ce tant au stade de la gaméto-genèse que pour le développement de l’embryon – mais ce rôle est encore mal connu / insuffisamment étudié (NB : les études trouvées par Victorienne sont assez anciennes, elle n’en a pas vues de plus récentes dans la base de données susmentionnée – à creuser sans doute côté anglo-saxon, elle avoue qu’elle a eu la flemme).

3 – Un consensus semble se dégager sur certains points (a priori valables aussi bien pour les hommes que pour les femmes), qui recoupent d’ailleurs largement les conseils nutritionnels vus / lus / entendus à la faveur d’un magazine en salle d’attente ou d’une émission radio / TV :

  • faire la part belle aux légumes ;
  • priorité aux aliments à faible charge glycémique : la plupart des fruits frais, les légumes, légumineuses, les yahourts, la patate douce, le chocolat très noir, … Pour plus de détails, cf. un petit tableau glané sur le net (il en existe d’autres) ;
  • privilégier les acides gras mono insaturés (omega 9) : huiles d’olive, de tournesol, d’arachide, avocat, différents types de noix, plutôt que :
    • des acides gras saturés (moins bons également pour le cholestérol) : graisses animales (beurre, fromage, crème, saindoux, etc.) et certaines graisses végétales (huiles de coco ou de palme) ;
    • des graisses trans, obtenues industriellement par hydrogénation (margarines notamment).

4 – Sur la question des protéines animales qui a motivé à l’origine ce billet, M. Masson semble aller un peu vite en besogne puisque les protéines végétales semblent être recommandées davantage que les protéines animales par certaines études, à condition de conserver un bon apport en vitamine B12.

Victorienne comprend qu’en réalité cette question ne fait pas l’objet d’un consensus dans le monde scientifique, mais est tout de même rassurée sur le fait que leurs apports en protéines animales, à elle et Victorien, sont suffisants même s’ils n’atteignent pas les 275 grammes quotidiens précités.

5 – D’autres points sont moins bien documentés, comme l’apport des compléments vitaminiques.

Le rôle de certains vitamines et anti-oxydants ne semble plus à démontrer (acide folique, fer, vitamine D et vitamine B12, mais aussi zinc et sélénium pour les messieurs) mais ce n’est pas le cas de tous les ingrédients des « cocktails » que les labos nous concoctent. Victorienne se dit néanmoins que ces vitamines et antioxydants ne peuvent pas faire de mal (?)…

***

Voilà en tout état de cause, semble-t-il à Victorienne, des pistes pour faire évoluer le contenu de son assiette… C’est ce qu’elle a essayé de faire depuis cet été, même si elle a bien conscience que remplacer les frites par une jolie salade composée n’est pas la recette miracle pour réussir à concevoir puis avoir un enfant !

Si elle a réussi à diminuer drastiquement sa consommation de thé (vivent les infusions !), elle a en revanche bien du mal ne pas craquer devant plein de douceurs trop sucrées. Le sucre, c’est son péché mignon (transmission maternelle, pour sûr).

Victorienne salive à la seule vue de ces photos, c’est vous dire…

La bonne résolution pour les prochains mois est donc de travailler sur ce point et d’accroître encore la part des légumes dans les plats quotidiens. En bonus, ça ne pourra que l’aider à perdre les 5 kilos pris sur un an, entre traitements PMA et maladie thyroïdienne…

Sur ces bonnes paroles, Victorienne vous souhaite une belle soirée / fin de week-end et vous embrasse.

Petit partage : Adhérer et soutenir BAMP ! — Association de patients de l’AMP et de personnes infertiles.

L’association COLLECTIF BAMP, c’est une communauté de personnes infertiles, stériles, en parcours d’AMP ou sorties du parcours avec ou sans enfant, des personnes seules ou en couple. Ce sont aussi quelques parents et amis de la cause, qui nous soutiennent. Quelques professionnels de l’AMP sont aussi adhérents de notre association. MERCI à vous tous, qui […]

via Adhérer et soutenir BAMP ! — Association de patients de l’AMP et de personnes infertiles.

Version 2.0

« Après un début difficile, les V. ont fait de sérieux progrès. Il faut néanmoins continuer à travailler pour que les résultats se consolident. Très encourageant ! »

Les V. ont sagement attendu l’appel du laboratoire.

La sonnerie a retenti à 9h35 ce matin.

Bilan : 7 ovocytes micro-injectés – ‎7 embryons à J3 dont 4 beaux et 3 un peu à la traîne.

monica

La biologiste recommande d’en transférer deux beaux, de vitrifier les deux autres beaux et de mettre les trois derniers en culture prolongée.

Victorienne lui fait confiance. En fait, elle a du mal à réaliser. Elle s’était dit que des beaux embryons, ça serait top. Pouvoir en vitrifier, c’est l’énorme cerise sur le gâteau…

Elle raccroche et dans la minute – à croire qu’ils se sont synchronisés -, petit coup de fil de Victorien, qui ne pouvait pas se libérer ce matin.

Il est aussi d’accord avec les propositions de la biologiste (quelle harmonie chez les V.). Victorienne est tout émue lorsqu’elle l’entend lui dire qu’il est vraiment très heureux (Victorien ne déroge pas à cette caractéristique fréquente chez la gent masculine et consistant à ne pas peu verbaliser).

‎Elle embarque tous ses gris-gris, programme son rendez-vous chez l’acupuncteur, avale ses cachets « petits plus pré-transfert » (spasfon + ibuprofene 200) et file le coeur en fête vers le centre.

Elle y retrouve, dans la salle d’attente, une patiente croisée dans le cabinet de Smile un matin d’écho de contrôle, manifestement en attente d’une insémination ; et la jeune femme avec laquelle elle a partagé sa chambre mardi, jour de ponction. Sourires de reconnaissance et échange mental de bonnes ondes avec la ‎première, échange verbal de voeux de succès avec les seconds. Et hop, c’est son tour.

Le transfert se passe bien. Contrairement au premier, Victorienne a droit à une échographie endo-vaginale. Elle voit donc parfaitement bien les deux bulles blanches et leur arrivée tout au fond d’elle (et se rend compte qu’en fait, elle ne voyait pas grand chose la première fois…). L’émotion est de retour.

Le gynécologue chef-de-service-du-centre-de-fertilité [clin d’oeil à Lucienne], qui s’occupe des transferts ce matin-là, blague sur l’empressement du second à rejoindre le premier et sourit : « c’est tellement mignon à cet âge-là ». Victorienne n’est pas dupe, il doit la faire souvent celle-là, mais ça ne l’empêche pas de s’attendrir…

Bref. Les cocos2.0 sont au chaud (et leurs petits frères / soeurs bien au frais). Maintenant, y’a plus qu’à !

‎Merci à tous pour le soutien. Victorienne pense à vous, où que vous en soyez.

Petit traité de ponction folliculaire à l’usage des apprenties Pmettes

Amie PMette, si tu es déjà passée par là, tu sais bien que la ponction folliculaire est LE moment que nous attendons toutes avec une extatique impatience, le feu d’artifice de tout parcours fivesque, l’apothéose des interventions endovaginales, le grand soir de nos ovaires.

Si en revanche tu n’as pas (encore) connu ce grand bonheur, le présent billet, totalement objectif et à vocation strictement pédagogique, est fait pour toi. Il te permettra de t’y préparer en toute sérénité.

1.Le concept

Commençons par un rappel des basiques.

La ponction folliculaire consiste, ni plus ni moins, à aspirer tes ovaires afin d’y récupérer les jolis ovocytes que la stimulation ovarienne (cf. chapitre précédent, dont nous présumerons que les connaissances sont, à ce stade, pleinement acquises) a pour objectif de produire, en plus ou moins grande quantité.

dyson

Hello James, may I borrow your Dyson ?

Eh oui. Quant on en arrive au stade de la FIV et sauf gertrudage : pas de ponction, pas d’embryon. CQFD.

Cette petite opération, réalisée au bloc opératoire sous anesthésie (locale ou générale – AL ou AG de leur petit nom -, on y reviendra plus tard), est totalement bénigne. On en veut pour preuve que de nombreux centres PMA ne délivrent pas d’arrêt de travail post ponction (non, non, même pas un jour ou deux, vilaine tire-au-flanc !).

Pas de quoi se faire mousser dans les dîners en ville donc, et ce d’autant moins qu’avec plus de 61000 ponctions réalisées en 2014 en France (hors ponctions pour dons d’ovocytes), il s’agit finalement d’une intervention tout ce qu’il y a de plus banal.

Ces principes de base étant rappelés, passons maintenant à l’aspect pratique de la chose.

2. Les préparatifs

2.1. La toilette

Qui dit bloc opératoire dit mesures d’hygiène pré-opératoires. L’idée étant d’éviter de choper un staphylocoque doré – ou d’en transmettre un. Les maladies nosocomiales, ça s’appelle.

Et donc, tu dois prendre des douches désinfectantes. Le plaisir de la douche, puissance dix.

D’abord, tu en a deux pour le prix d’une. Soit une chez toi, la veille au soir, et une le lendemain à l’hôpital, soit deux à l’hôpital – les pratiques varient.

Ensuite et surtout, on t’offre le savon. Et pas n’importe lequel : de la Bétadine Scrub. Pas le flacon jaune que tu connais, non, un joli flacon rouge dont tu fais joyeusement mousser le contenu soyeux et délicatement parfumé au creux de tes mains et sur chaque recoin de ta peau. De haut en bas, c’est très important. Du coup, tu sors de là propre comme un sou neuf. Pour toi que te laves les mains avec frénésie après chaque passage dans le métro (tu as raison, c’est dégueulasse le métro), c’est le rêve absolu.

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Il n’a pas l’air heureux le monsieur ? (et oui, tu as raison, ils sont sont trompés dans l’image, le flacon devrait bien être rouge…)

Petit bonus : si tu as un chat, il te fera des câlins toute la journée. Pas pour te réconforter après cette épreuve, non (sois lucide…), mais parce qu’il adore, et c’est bien compréhensible, le délicat parfum iodé de la Bétadine moussante.

On termine la séance d’ablutions par l’insertion d’un petit ovule de Bétadine, encore elle. Tu es assez initiée maintenant pour deviner où.

Et voilà, la toilette est terminée.

2.2. La tenue

L’étape suivante consiste à revêtir la tenue opératoire.

Cette étape est spécifiquement conçue pour renforcer les sentiments qui te lient au futur père de ton enfant (et son désir pour toi), dans la mesure où elle décuple ta féminité.

En ce début d’octobre, tu as bien sûr révisé tes classiques et d’ores et déjà intégré dans ta garde-robe les must have de l’automne-hiver 2016-2017, à savoir une cape, une doudoune et un col lavallière, sur les conseils toujours avisés de tes copines Marie-Claire et Elle.

Il manque cependant encore une pièce, pourtant basique, à ton dressing : la blouse d’hôpital.

Blanche, rose, bleue, unie ou à motifs, à pressions ou à nouettes, fermée ou ouverte, elle se décline en autant d’envies qu’il existe de PMettes. Confortable, elle n’entrave pas tes mouvements et autorise un décolleté vertigineux sur ta chute de reins (oui, si tu ne fais pas attention, le décolleté peut même descendre un peu plus bas, mais tu verras, c’est une question d’habitude) ; pur coton, elle est d’une douceur infinie pour ta peau.

blouse

Pour tous les goûts, on te dit

Les accessoires indispensables pour dynamiser ta tenue ? L’incontournable charlotte, qui remplacera avantageusement le plus joli des headbands ; et les chaussons jetables, que tu adopteras définitivement après les avoir testés (les stilettos, c’est dépassé).

Avec tout ça, toutes les PMettes te le diront, la plus grande vigilance s’impose et il te faudra contenir les ardeurs du futur papa. La semence, c’est dans un pot qu’elle doit finir. Ce serait trop dommage d’être arrivés jusque là et de tout gâcher à cause de ton élégance aphrodisiaque en tenue pré-opératoire.

3. L’opération

On passera rapidement sur le transport en chariot dans les couloirs de l’hôpital, proche de la course d’obstacles, lequel présente relativement peu d’intérêt – sauf si le brancardier est sympathique, ce qui permettra d’agrémenter un peu le trajet.

Arrivée au bloc, tu vas patienter quelques minutes dans une salle polyvalente où tu pourras suivre en direct live, en grelottant car il fait un froid de canard, le réveil des patient(e)s opérés avant toi.

C’est également là que l’on te posera le cathéter de perfusion. L’occasion de gagner tes premières lettres de noblesse de jeune ponctionnée, puisqu’avec un peu de chance, tu bénéficieras d’un traitement charcutier digne des meilleures boucheries, avec à la clé geyser carmin et stigmates violacés. Il faut néanmoins te prévenir, ce traitement reste assez rare et le plus souvent, tu n’auras rien le temps de sentir que le cathéter sera déjà posé et scotché. Ne sois pas déçue – après tout, l’important, c’est de participer.

L’équipe qui s’occupera de toi viendra également se présenter et vérifier une dizaine de fois que tu es bien Mme Infertyle, née le 10 septembre 1982 à Fivland, et que tu as bien fait ta piqûre d’Ovitrelle ou équivalent trente-six heures plus tôt.

*

Prends une grande respiration et concentre-toi : à partir de maintenant, on entre, enfin, dans le vif du sujet.

Rappelle-toi : à cause d’une pomme croquée en désobéissance aux consignes divines, le Dieu des chrétiens a dit à la femme : « J’augmenterai la souffrance de tes grossesses, tu enfanteras avec douleur (…) » (Genèse, chapitre 3, verset 16).

Pour les PMettes, c’est insuffisant. Si tu ne le sais pas encore, on est un peu masochistes. Et donc, on applique ce précepte également à la conception.

A ce stade, deux options sont envisageables pour la suite des réjouissances.

3.1. Sous anesthésie générale

L’AG est proposée dans la plupart des centres. Du coup, de l’opération, tu ne vois que la préparation.

C’est-à-dire : transfert du brancard sur la table d’opération, positionnement adéquat du bassin (tout au bord de la table, comme chez ton gynécologue, on ne perd pas les bonnes habitudes), écartage de cuisses (idem). Petite nouveauté, tes jambes seront sanglées dans les étriers. Oui, tout à fait. Sanglées. Pour éviter les mouvements incontrôlés.

Puis on t’injectera via ton cathéter admirablement posé une substance magique, ta tête tournera un peu et hop, tu fileras, telle la Belle au Bois dormant, retrouver Morphée avant de te réveiller, une vingtaine de minutes plus tard, dans la salle polyvalente susmentionnée.

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En vrai, y’a pas de prince en salle de réveil.

3.2. Sous anesthésie locale

Si tu as envie de satisfaire ta curiosité et te mettre un peu à l’épreuve, tu peux opter dans la plupart des cas pour l’anesthésie locale.

En plus des étapes précédemment décrites, tu expérimenteras la toilette vaginale, summum de l’intimité puisque le gynécologue va nettoyer ton dedans de toi avec des compresses bétadinées. Etant donné que tu as depuis bien longtemps fait le deuil de ta pudeur, cela ne te gênera pas plus que ça. C’est juste un peu froid.

Puis le médecin t’expliquera ce qu’il va faire : piqûres anesthésiques vaginales, introduction de la sonde vaginale sur laquelle est fixée l’aiguille de ponction, ponction. Comme tu es déjà bien renseignée, tu n’apprends rien de nouveau. Par contre, tu découvres avec intérêt les outils susmentionnés. Surtout l’aiguille de ponction. Comme tu es un peu shootée par le tranquillisant qu’on t’a administré un peu plus tôt, tu ne te poses pas trop de questions sur sa longueur ni son diamètre. De toutes façons, c’est à prendre ou à laisser.

A partir de ce point, les expériences divergent. Beaucoup de paramètres sont susceptibles de jouer : ta sensibilité à la douleur, le positionnement de tes ovaires, le médecin ponctionneur, etc.

Pour certaines, le jeu n’en vaut pas la chandelle puisqu’elles n’ont rien senti au cours des 5 minutes top chrono de l’opération. Même pas drôle.

Pour d’autres, l’expérience est plus productive : elles ont le temps de mettre à profit leurs séances d’hypnose, de gestion de la douleur et de respiration yogique, à chaque passage fulgurant de l’aiguille (et si tu as plus de 5 follicules à ponctionner, cela fait pas mal de passages). Et apprécient à sa juste valeur le sanglage de leurs gambettes.

seringue

En vrai, elle est quand même moins grosse.

Bonus : toute l’équipe les encourage et les félicite. Comme dans les films quand la madame accouche et que le médecin lui dit « c’est bien madame, poussez, bravo continuez comme ça il arrive ». Du coup, tu peux voir ça comme une préparation à ton futur accouchement.

Une fois que tout a été ponctionné, on te ramène, blafarde mais bravache, dans la salle polyvalente.

4. Les résultats

C’est la dernière étape. Selon les centres :

  • on te donne les résultats en direct, pendant la ponction (si le biologiste est également présent) ;
  • on prolonge un peu le plaisir et tu attends (mais ça tu es habituée) le magic number de retour dans ta chambre.

Après tant d’émotions, tu peux en général repartir assez vite chez toi.

Deux étapes supplémentaires si tu as choisi l’AG: il te faudra te sustenter, la qualité du plateau-repas variant selon ta performance (mais naaaaaan, c’est une blague ! La qualité varie seulement en fonction des centres…) et attendre la signature du médecin autorisant ta sortie.

Voilà, tu sais maintenant tout sur la ponction folliculaire…

La suite au prochain chapitre !

***

Pour celles et ceux qui sont parvenus à arriver jusqu’ici, tout s’est bien passé hier pour la ponction de Victorienne. Elle a choisi l’AG cette fois-ci, petite joueuse, et n’a pas regretté son choix. L’équipe du bloc a été adorable. Comme elle était frigorifiée, elle a découvert le chauffage individuel (une sorte de matelas gonflable souple qu’on lui a posé sur le ventre et dans lequel on injecte de l’air chaud – le bonheur).

Pas de douleurs post-ponction, à peine quelques tiraillements.

Magic number : 8. Un de plus qu’en juillet alors que Victorienne s’attendait à avoir moins d’ovocytes avec le Menopur. Contente donc, et Victorien aussi.

Ils attendent maintenant l’appel du labo, pour savoir si et combien il y a d’embryons et si la qualité est au rendez-vous, cette fois.

Victorienne vous embrasse bien et pense à vous toutes et tous, avec une pensée spéciale pour celles qui ont malheureusement appris de mauvaises nouvelles.

Le film du samedi soir

Cela faisait longtemps que ‎les V. ne s’étaient rendus dans les salles obscures.

Cela faisait longtemps que Victorienne ‎n’avait été autant transportée par un film.

L’histoire d’un père et sa fille, ou d’une fille et son père, selon l’angle que l’on préfère, le temps de quelques jours, à Bucarest. Cette histoire-là, faite d’amour, de deuil, d’incompréhension, ‎de tendresse, de colère, de complicité, d’interrogations, de distance, de solitude, d’amour encore, a emporté Victorienne. Beaucoup de finesse, des acteurs très justes. ‎Un sacré jeu d’équilibriste entre rire et larmes du début à la fin, sans jamais de niaiserie.

Et puis, ce qui a touché Victorienne en plein coeur, le questionnement sur le bonheur et le sens de la vie. Elle vous laisse découvrir le début de réponse soufflé par le personnage du papa… qui l’a émue aux larmes en fin de film.

Victorienne ne vous en dit pas plus, il ne faut pas gâcher le plaisir et la découverte, mais elle vous recommande plus que chaudement Toni Erdmann.

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Spéciale dédicace

Côté PMA, passage à l’action : Ovitrelle ce soir, ponction mardi. La stimulation s’est a priori bien passée, d’après les échographistes. Victorienne reste prudente et espère surtout que la qualité sera au rendez-vous.

Elle vous embrasse et vous laisse pour aller préparer le festin du soir : spaghettis alla vongole ;).

Sous le signe de septembre

Déjà un mois que Victorienne est rentrée de ‎vacances. Elle a l’impression que cela fait une éternité, tant septembre a été riche. Petit récap’ (non exhaustif).

Une démission.

Deux week-ends ‎en goguette, loin de la capitale. Sous le soleil. Avec les copains. Bien remplis. Fatiguants mais tellement agréables, malgré les incontournables pincements au cœur liés à la nulliparité.

Trois cours d’aquabike. Histoire de commencer à perdre les 5-6 kilos pris en un an. Plusieurs amies lui ont vanté les mérites ‎du pédalage aquatique et de son efficacité. Victorienne a cédé. Les copines ont raison alors Victorienne va continuer, mais elle préfère quand même le yoga, elle trouve ça plus intéressant…

Quatre écoutes de la piste 2 de l’accompagnateur à la FIV.‎ Nouveauté de cette FIV2 (Victorienne essaie de se renouveler), la lumière dorée a fait son entrée dans sa vie. Un peu déconcertant au début mais rapidement addictif !

Huit injections de Menopur. La stimulation FIV2 a été finalement lancée, après quelques frayeurs administratives et un J1 tardif. Victorienne a presque cru que DN lui avait fait un joli cadeau de rentrée.‎ Naïve, parfois, Victorienne.

‎Après une semaine, bonne maîtrise des manœuvres techniques (même quand le chat décide que c’est rigolo de shooter dans l’ampoule de solvant – ben ouais, ça brille et ça cliquette quand ça roule…). Mais quand même, le Gonal, c’est plus pratique !

Quinze épisodes de Narcos. ‎Les V. se sont laissés prendre au piège. Ils avaient dit : « plus de séries ». Ça prend trop de temps, quand on n’en a déjà pas beaucoup… Mais voilà, un soir, on craque, on a envie d’essayer, et bien sûr le premier épisode vous prend complètement, et bien sûr vous vous enfilez la suite soir après soir sans pouvoir vous arrêter… Bref, Narcos, c’est une chouette série – bien que très noire.

Vingt-huit sachets de vitamines (bon, OK, en vrai, Victorienne a commencé en juillet). Autre nouveauté pour cette FIV2, afin d’améliorer la qualité des ovocytes qui avait fait un peu défaut pendant la 1ère. Prix d’or pour la poudre magique… Mais Victorienne n’a pas vraiment le choix de la marque car ses soucis de thyroïde lui imposent de prendre un combo sans iode (évidemment, le plus cher).

Mille cent soixante et onze. Le taux de ses anti-corps anti-thyroglobuline, dix fois au-dessus de la norme. Victorienne comprend mieux pourquoi elle se sentait fatiguée. Genre, crevée, vannée, épuisée, rompue. ‎Le problème, c’est qu’avec tous les machins qu’elle s’enfile – pilules, cachets, ampoules, etc. – et avec sa putain de thyroïde, Victorienne a perdu tous ses repères. Elle ne sait plus ce que c’est, une fatigue normale. Donc, elle trouvait ça bizarre mais ne se posait pas trop de questions. Mettait ça sur le compte de la rentrée ou du Provamès. Elle a compris que c’était anormal quand les résultats des examens sanguins prescrits par Hope sont revenus. Merci Hope.

Un petit coup de fil à l’endocrinologue et un contrôle de la TSH plus tard,‎ le verdict est : sans doute un dérèglement lié au traitement pour la maladie de Basedow, du coup arrêt du traitement puisque tous les autres paramètres sont revenus dans les normes. Et puis confirmation du terrain auto-immun de Victorienne (ce qui peut, peut-être, gêner un peu une accroche – ben voyons).

Heureusement, tous les autres tests sanguins prescrits par Hope sont revenus négatifs. Pas de lupus ni de polyarthrite rhumatoïde en vue. Ouf.

***
En tous cas, le moral est bon. Tout se passe bien jusqu’à présent, les quelques effets secondaires restent gérables. Victorienne est en mode « qui vivra, verra ». Avec une bonne dose d’espoir.
Le contrôle de demain matin devrait permettre de savoir quand aura lieu la ponction.
Victorienne vous embrasse. Elle file… voir un épisode de Narcos avec Victorien, sous le regard attentif du chat bien sûr.

Comment le dire ?

[Victorienne préfère lever toute ambigüité dès à présent : non, point d’annonce de gertrudagedans ce billet, malgré son titre…]

Cinq ans déjà. Et à présent c’est fini. Comment le dire ?

C’est si long et c’est passé si vite.

Ça n’a jamais été facile. Encore moins au début, bien sûr. Il a fallu trouver ses marques, apprendre les habitudes, les manies, les règles.

Regagner confiance, aussi et surtout, après le traumatisme d’avant. Avant n’avait pourtant duré qu’un an. Un an suffisant pour la mettre à terre, lui faire perdre ses moyens, instiller un doute permanent, provoquer des montées de panique brutales et totalement hors de contrôle. ‎Quand le téléphone sonnait. Le dimanche après-midi, à la pensée qu’il fallait y retourner le lendemain. Quand un mail arrivait, avec un nouveau dossier.

Elle s’était enfuie, cliques et claques. Avait candidaté ailleurs – plus petit, plus humain. Avait eu le choix – 3 offres sur la table. Avait choisi en fonction de l’équipe. Le contact, le ressenti, le discours sur l’équilibre vie professionnelle / vie familiale, sur la formation aussi.

Petit à petit, avec une lenteur infinie, la confiance est revenue. ‎Elle a réappris à travailler sans la crainte d’un coup bas, des malveillances, du dénigrement. En étant correctement encadrée, formée, et pas lâchée dans la nature.

Elle a créé des liens avec ses collègues et ses associés. Des liens parfois forts, de vraies amitiés.

Sa co-bureau connaît tout de sa vie – et réciproquement, du petit qui n’aime plus la purée de carottes aux piqûres de Gonal, des cauchemars bizarres de la dernière nuit aux engueulades familiales, de la recette de cuisine testée la veille aux techniques anti-cellulite de chacune.

Et dans l’équipe, chacun est là pour les autres en cas de coup dur. Serrage de coude plutôt que tirage dans les pattes. Quand on est ensemble plus de 12 heures par jour, c’est appréciable.

Pendant ces cinq années, ensemble, ils ont beaucoup ri, partagé, évacué la pression des clients et des associés, parfois si lourde et si inutile. Ils sont allés boire des verres, quand ils ne sortaient pas trop tard. Ils ont chanté, ils ont dansé. Ils ont pleuré aussi – la tragédie, la barbarie s’invitent partout, même au boulot.

Elle a beaucoup travaillé. Sans compter ses heures, ses soirées, ses week-ends.

La fatigue est devenue chronique. ‎Le stress ne s’est jamais complètement envolé. La motivation a fondu. Les soucis de thyroïde et la PMA n’ont étonnamment rien arrangé…

Les associés ont manifesté leur contentement. Ils lui ont fait savoir qu’ils comptaient sur elle pour l’avenir.

Mais une petite voix a commencé à chanter sa petite chanson : à quoi ça sert ? Au bout d’un moment, la petite voix s’est faite lancinante, posant avec insistance la question du sens, de l’envie, de l’accomplissement.

Elle s’est dit que bien sûr, elle pourrait rester là, encore et encore. Continuer à travailler sur des dossiers à fort enjeu, stimulants intellectuellement. Bien gagner sa vie. Ne pas se mettre en risque, rester dans sa zone de confort.

Malgré tout, elle a réalisé qu’elle ne se sentait pas à sa place. Qu’au fil du temps, les inconvénients du métier lui étaient devenus tout simplement insupportables. Que les projets extra-professionnels qu’elle avait montés pour tenir, plus en accord avec ses valeurs, ne suffisaient plus.

Alors elle s’est donné un objectif temporel. Avec à la clé, un projet de déménagement à deux… ou peut-être trois. Gagner en qualité de vie. Quitter Paris, qu’elle a tant aimée et où ils ont été si heureux, avant de fatiguer. Cap à l’ouest.

Avec l’espoir que peut-être, avant que cette ligne d’horizon ne se rapproche, l’enfant serait arrivé.

L’enfant n’est pas arrivé. Pourtant, il faut bien avancer.

Alors, comment le dire ? Elle a longtemps réfléchi, cherché la bonne tournure de phrase, préparé.

Ce vendredi de début septembre, face à ses associés, ce sont des mots simples qui lui sont finalement venus.

« Je voulais vous dire que je vais m’en aller« .

Aussi simple que ça. Un grand saut dans le vide. Sans plan B, sans filet de sauvetage.

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